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SASU EXPERTISES TELLIER – 49 RUE DE PONTHIEU 75008 PARIS
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Alberto da Veiga Guignard (1896-1962)
Nature morte, 1928
Huile sur toile signée en bas à droite et datée (19)28
50 x 60 cm
Un petit manque de matière picturale en haut à gauche
Estimation : 60 000 / 80 000 €
Expert : Expertises Tellier, Paris / Marc-Henri TELLIER

 

Vente Ader à Paris le 21 mai 2021, lot 20

Adjugé (frais compris) : 89 600 €

 

Alberto da Veiga Guignard est né le 25 février 1896 à Nova Friburgo, dans l’Etat de Rio de Janeiro, au Brésil. Son grand-père paternel portait le nom de Guignard et était Français. 
Son père, Alberto José Guignard, mourut en 1906 et l’année suivante, sa mère, Leonor Augusta da Silva Veiga Guignard, se remaria avec le baron allemand Ludwig von Schilgen. Ils séjournèrent d’abord une année à Vevey (Suisse), puis à Momères (France) pendant deux ans, et enfin à Nice avant de rejoindre l’Allemagne où Guignard termina sa scolarité en 1915 à Munich. De 1917 à 1922, il étudia à l’Académie des beaux-arts de cette ville et eut comme professeurs Hermann Groeber (1865-1935) et Adolf Hengeler (1863-1927). Lors de son séjour européen, qui dura jusqu’en 1929 année où Guignard partit définitivement au Brésil, il visita de nombreux musées complétant ainsi l’enseignement académique qu’il avait reçu. Vers 1918, il séjourna à Grasse, voyagea en Suisse, puis en Italie en 1919, particulièrement à Florence, où il peignit pour la première fois. En 1920, Guignard retourna à Munich, fit la connaissance l’année suivante du peintre argentin Emilio Pettoruti (1892-1971), et y exposa un dessin au Salon de 1922. Guignard épousa en 1923 Anna Döring (1898-1930), musicienne d’origine russe, fille du propriétaire de la pension où il vivait à Munich, laquelle le quittera peu de temps après.
En 1924, Guignard fit un court voyage au Brésil et participa à la XXIe Exposition des beaux-arts de Rio de Janeiro y montrant cinq dessins et un autoportrait à l’aquarelle et au pastel pour lequel il reçut une mention honorable. 
En 1925, il vécut à Florence pendant trois ans. Il y admira les œuvres de Botticelli qu’il considérait comme le plus grand peintre. C’est lors de son séjour florentin que sa mère mourut à Menton en 1926.
En 1927, il participa au Salon d’Automne à Paris où il exposa deux peintures :
Portrait d’un garçon, Florence (n° 2106) et Portrait de M. Richard (n° 2107).
En 1928, il renouvela sa présence à ce Salon avec deux tableaux : 
Catherina (n° 2007) et Le Mas de Luce (n° 2008).

En 1929, il participa au Salon des Indépendants à Paris qui se tint du 18 janvier au 28 février au Grand Palais, y montrant deux toiles : 
Coquetterie (n° 2000) et Paysage (n° 2001).
Le catalogue du Salon des Indépendants nous apprend que Guignard habitait à cette date à l’Hôtel de Namur, rue Delambre, dans le 14ème arrondissement de Paris. Notre tableau, daté de 1928, a été vraisemblablement peint à Grasse, tout comme le Portrait de jeune femme que nous avions expertisé et vendu aux enchères en 2019. Nous pensons que l’œuvre intitulée Coquetterie exposée en 1929 au Salon des Indépendants pourrait être notre tableau. Les archives de cette institution étant en cours de transfert dans un nouveau lieu de dépôt, il ne nous est pas possible d’y accéder pour le moment. Peut-être existe-t-il un cliché photographique de ce tableau ? Si tel était le cas, ce serait la preuve ultime, même si nous n’avons aucun doute quant à l’authenticité du tableau présenté pour les raisons exposées plus loin. Nous avons connaissance qu’un amateur a cherché à acquérir cette toile, mais la réponse tardive de Guignard - l’offre était nettement inférieure au prix indiqué sur le catalogue -, fit que l’acheteur se rétracta.
Notre tableau représente un intérieur où le spectateur ne voit qu’un sol parsemé d’objets hétéroclites. Le point de vue en légère plongée et les surfaces qui se croisent, enlevant à l’ensemble son sens cohérent de la profondeur, rappellent le cubisme. Ainsi, le premier plan est occupé par une caisse en bois recouverte d’un napperon sur lequel reposent, pêle-mêle, un bougeoir, un livre ouvert, quatre pommes, deux bananes et une boîte de conserve vus de dessus. A gauche, un tableau est posé par terre, probablement de Guignard, représentant une jeune femme de dos qui s’inspire de la fresque Flora découverte dans la villa Arianna et conservée actuellement au musée archéologique national de Naples. Il est probable que Guignard ait pu l’admirer lors de son séjour en Italie de 1925 à 1928. A l’arrière-plan, à droite, se trouve une chaise en bois sur laquelle est posé un verre couché ; au milieu un vase en porcelaine bleue, et à gauche le bas d’un meuble. La forme est définie par un cerne noir, l’une des caractéristiques du fauvisme français et de l’expressionnisme allemand. La palette est composée de blanc, de gris, de noir, d’ocre, de vert, de rose et de bleu. Tout comme le cerne noir, la palette est absolument identique à celle du Portrait de jeune femme daté de 1928 cité ci-dessus. Le peintre applique de larges coups de brosse et la pâte est comme triturée. Guignard cherche encore son style, influencé à la fois par le fauvisme et par le cubisme. La nature morte est un genre que Guignard reprendra dès son retour au Brésil et de manière régulière. Nous connaissons deux natures mortes peintes quant à elles sur panneau en 1952 et qui sont proches de l’esprit de notre toile au niveau de la composition, avec la présence d’un sol apparent et d’une vue de dessus des objets. Des éléments communs à notre tableau s’y retrouvent : pommes, vases et tableaux posés par terre. L’une de ces deux natures mortes est reproduite dans l’ouvrage cité ci-dessous de la bibliographie (p. 112).
Peu de temps après l’exposition au Salon des Indépendants de 1929, Guignard partit définitivement au Brésil. Il y peignit notamment des paysages du Minas Gerais, des natures mortes, des portraits, des compositions religieuses, son style ne cessant d’évoluer. Il mourut à Belo Horizonte en 1962. De nombreuses expositions et rétrospectives lui ont été consacrées au Brésil, mais aussi au Venezuela, en France, au Portugal, en Espagne, en Suisse, en Allemagne et aux Etats-Unis. Un musée lui est dédié à Ouro Preto (Brésil).
Notre tableau est une redécouverte importante dans l’œuvre d’Alberto da Veiga Guignard car il marque une étape fondamentale dans l’évolution de son style. A notre connaissance, il s’agit seulement de la troisième œuvre de l’artiste à être présentée en vente sur le marché de l’art français.
Nous remercions M. Marcelo Bortoloti, docteur en histoire de l’art à l’université fédérale de Rio de Janeiro, de nous avoir transmis les documents en sa possession concernant l’offre d’achat du tableau Coquetterie ainsi qu’une note manuscrite (trop succincte malheureusement) du critique d’art André Pascal-Lévis au sujet des deux tableaux exposés par Alberto da Veiga Guignard au Salon des Indépendants à Paris en 1929. M. Bortoloti inclura notre tableau dans son ouvrage Guignard : anjo mutilado à paraître en 2021 aux Editions Companhia das Letras à São Paulo.
Bibliographie : 
Perlingeiro, M., Coelho Frota, L., Valério Teixeira, C., Alberto da Veiga Guignard (1896-1962), Rio de Janeiro, Edições Pinakotheke, 2005